L’obésité et les préjugés à l’égard du poids : une responsabilité individuelle ou collective?

L’obésité et les préjugés à l’égard du poids : une responsabilité individuelle ou collective?

Une lettre ouverte a été publiée dans La Presse par un regroupement de nutritionnistes afin de dénoncer le spectacle de perte de poids de Dominic Paquet à l’émission La semaine des 4 Julie. Le sujet a suscité beaucoup de réactions, de controverse et amène à réfléchir à la responsabilité individuelle versus collective, autant en ce qui a trait aux causes de l’obésité qu’aux préjugés véhiculés à cet égard. Faisons donc le point.

 

Les causes de l’obésité

Il est bien documenté que l’obésité a augmenté partout dans le monde en raison de multiples changements dans l’environnement dans lequel on vit, lequel favorise un gain de poids (par exemple : monde axé sur l’automobile = on bouge moins; changements dans nos environnements alimentaires = grosses portions, omniprésence d’aliments transformés, gras et sucrés donc on mange plus; modèle unique de beauté et préjugés à l’égard du poids = insatisfaction corporelle donc on suit des régimes qui se soldent généralement par une reprise du poids perdu et même plus). Ce ne sont pas tous les gens sur la planète qui ont simultanément manqué de volonté et qui ont pris du poids. Malgré ces faits indéniables, il existe une multitude de préjugés à l’égard des personnes grosses à qui on attribue encore trop souvent le blâme pour leur surplus de poids. Comme tout type de discrimination, ces préjugés méritent d’être dénoncés parce qu’ils portent atteinte à la santé physique et mentale. Une émission où la perte de poids devient un spectacle contribue à renforcer cette stigmatisation, contribue à faire croire qu’il est facile de perdre du poids et que ce n’est qu’une simple question de volonté individuelle alors que c’est faux.

 

L’inefficacité des régimes

Les études démontrent que 95% des gens reprendront le poids perdu au cours des 5 années suivant l’arrêt d’une diète. C’est la méthode le problème, pas la volonté des individus qui, au contraire, font preuve d’une immense détermination pour se priver constamment des aliments qu’ils aiment, pour manger moins qu’à leur faim, pour éviter des situations sociales qui les feraient déroger de leur plan alimentaire. Les facteurs qui déterminent le poids d’une personne sont multifactoriels et ne sont pas tous modifiables (par exemple, l’hérédité, la prise de certains médicaments, etc.). Il est illusoire de penser qu’une même méthode fonctionnera pour tout le monde.

 

Un modèle irréaliste de beauté

En outre, la société dans laquelle nous vivons valorise énormément la minceur et présente encore très souvent un modèle de beauté irréaliste qu’on associe à tort au bonheur, à la réussite, à la santé, etc.  Les préjugés à l’égard des personnes grosses de même que l’exposition constante à un tel modèle inatteignable peuvent amener les gens à devenir insatisfaits de leur corps et à vouloir maigrir pour une question d’esthétisme plutôt que de santé. Ils sont alors plus susceptibles d’utiliser des moyens drastiques et malsains qui les entraîneront dans une spirale sans fin de perte et de reprise de poids. Ceci peut justement mettre leur santé à risque en plus d’altérer la relation qu’ils entretiennent avec leur corps, la nourriture et la pratique d’activité physique.

 

Qui est responsable?

Les médias ont très certainement un rôle à jouer et une responsabilité sociale, de par leur grand pouvoir d’influence, afin de ne pas contribuer à la stigmatisation des personnes grosses ou à la transmission de fausses croyances en lien avec la perte de poids. C’est ce qui est dénoncé dans cette lettre d’opinion qui a été appuyée par ÉquiLibre et des centaines de nutritionnistes.

Mais tous, individuellement, nous pouvons aussi contribuer à faire évoluer les mentalités :

  • En faisant preuve de plus de bienveillance à notre égard et en adoucissant notre discours intérieur par rapport à notre propre corps.
  • En dénonçant verbalement ou sur les réseaux sociaux les propos ou publications qui dénigrent les personnes grosses.
  • En ne commentant pas le poids des autres à Noël.
  • En prenant le temps d’expliquer à son préado qu’il est normal que son corps se transforme à la puberté et en le valorisant pour d’autres aspects que son apparence.
  • En refusant d’alimenter la conversation sur la dernière diète populaire à l’heure du dîner au bureau.
  • En suggérant à votre patron de mettre en place une politique de non-discrimination.
  • En encourageant les entreprises qui posent des gestes en faveur d’une représentation plus saine et diversifiée du corps.

Et ce ne sont que quelques exemples.

Cessons donc de vouloir trouver un coupable et, tous ensemble, chacun à son échelle (et en commençant par soi-même), posons des gestes concrets pour créer une société où tout le monde aura le droit d’exister, pourra atteindre son plein potentiel de santé et de bien-être et ce, peu importe son poids.