Il est normal de vouloir se montrer sous son meilleur jour. Cependant, lorsque la recherche de la « photo ou vidéo parfaite » ou l'habitude de modifier son apparence devient la norme, cela peut nous amener à croire que notre apparence réelle n'est jamais suffisante. Dans cet article, l'objectif n’est pas de s’arrêter uniquement sur les images de corps retouchées, mais plutôt d’explorer comment développer une relation plus souple et moins exigeante avec son image.
La pression d’avoir une apparence parfaite n’est pas nouvelle, mais les outils numériques la rendent plus présente au quotidien. Même sans filtres ni retouches, nous cherchons souvent la « meilleure » photo ou vidéo : nous sourions, ajustons notre posture ou l’éclairage, puis choisissons une image parmi plusieurs. Ces gestes peuvent sembler anodins, mais ils nous habituent à présenter une version soigneusement choisie de nous-mêmes.
Sur les réseaux sociaux, les photos de nos proches côtoient les publicités, les influenceur.euse.s et les images professionnelles. Des pratiques autrefois réservées aux milieux de la mode et de la publicité (p. ex. préparer un décor, coordonner les vêtements et les accessoires, planifier les poses ou scénariser une vidéo) se sont ainsi intégrées à nos habitudes. Elles sont maintenant si courantes que nous les remarquons à peine.
Une exposition constante à des images de corps modifiées peut avoir des effets sur la façon dont nous percevons notre apparence. Des recherches montrent que l'exposition à ce type d’images est associée à une diminution de la satisfaction à l'égard de son apparence, de l'estime de soi et de la confiance en soi dans certains contextes sociaux1. Modifier fréquemment ses propres photos peut aussi amener une personne à moins apprécier son apparence au naturel et affecter son estime de soi2.
On parle souvent de l’utilisation de retouches ou de filtres comme d'un choix individuel. Pourtant, nos choix sont influencés par les normes sociales et par ce que nous voyons autour de nous. Si la majorité des photos ou des vidéos que nous voyons sont soigneusement sélectionnées, filtrées ou retouchées, il peut devenir difficile de publier une photo plus spontanée sans ressentir un malaise. L’objectif n’est pas de juger de l’utilisation de ces techniques, mais de mieux comprendre les normes et les pressions qui influencent notre envie d’y avoir recours.
Savoir si une photo est retouchée peut être utile, mais cela ne permet pas toujours de comprendre l'ensemble du message qu'elle véhicule.
Par exemple, certaines campagnes publicitaires mettent de l'avant des photos non retouchées, tout en présentant principalement des personnes qui correspondent aux standards de beauté dominants. Une image peut donc être authentique sur le plan technique, mais continuer à valoriser un idéal d'apparence difficile à atteindre pour la majorité des gens.
La question n'est pas seulement : « Cette image est-elle retouchée ou non? »
C’est aussi : « Quels types de corps, de visages et d'apparences sont les plus représentés dans les contenus que je consulte? »
Réfléchir à cette diversité peut parfois être plus utile que de chercher à déterminer si une photo a été retouchée ou non.
1. Diversifier ce qu’on regarde en ligne
Ce que nous voyons régulièrement influence ce que nous considérons comme normal ou souhaitable.
Plus votre fil d'actualité est diversifié, moins un seul idéal de beauté devient la norme.
2. Valoriser les souvenirs plutôt que la perfection
Une photo n'a pas besoin d'être parfaite pour avoir de la valeur.
Se rappeler qu'une photo peut avoir de la valeur même lorsque tout le monde ne sourit pas parfaitement.
3. Observer comment certains contenus nous font sentir
Certains contenus nous inspirent, alors que d'autres nous amènent à nous juger plus sévèrement.
Nos émotions peuvent nous aider à déterminer si un contenu contribue à notre bien-être.
Vouloir avoir une belle photo ou vidéo n'est pas un problème en soi. Toutefois, lorsque la perfection devient une pression constante, elle peut nous éloigner de l'appréciation de notre image et des moments que nous vivons. Développer un regard plus souple envers son image, c'est aussi se donner le droit d'exister sans toujours chercher à être parfait.e.
Références:
1. Borges, A. (2011). The effects of digitally enhanced photos on product evaluation and young girls’ self-esteem. Recherche et Applications en Marketing (English Edition), 26(4), 5–21. https://doi.org/10.1177/205157071102600401
2. Chen, J., Ishii, M., Bater, K. L., et al. (2019). Association between the use of social media and photograph editing applications, self-esteem, and cosmetic surgery acceptance. Facial Plastic Surgery & Aesthetic Medicine, 21(5), 361–367. doi:10.1001/jamafacial.2019.0328
Madison Lavigne est travailleuse sociale et candidate au doctorat en travail social. Anciennement chargée de projet au C.I.E.L., le Centre pour l’intelligence émotionnelle en ligne, elle y a développé une expertise en prévention sur les enjeux du numérique, notamment autour des mécanismes d’influence, et les habitudes favorisant le bien-être en ligne. Ses recherches actuelles portent sur les dynamiques de pouvoir et de reconnaissance qui prennent forme dans les espaces queers en ligne, notamment sur TikTok.
« On peut naviguer le numérique autrement : en cultivant un esprit critique et des stratégies conscientes, on peut y trouver des opportunités de communauté, de divertissement et de découverte. »