Corps sculptés, peau parfaite, conseils pour « améliorer » sa silhouette ou encore le looksmaxxing (tendance en ligne d'optimisation de son apparence physique selon des standards de beauté irréalistes)1… Vous arrive-t-il de vous sentir dépassé.e par le type de contenu que votre enfant voit sur les réseaux sociaux?
En comprenant mieux pourquoi ces images et ces messages sont si présents sur les plateformes, il devient plus facile d’ouvrir la discussion avec votre enfant sur les effets qu’ils peuvent avoir sur la façon dont elle ou il perçoit son corps. Cela permet aussi de l’accompagner vers des stratégies pour réduire les effets négatifs possibles et favoriser son bien-être en ligne.
La raison est simple : c’est extrêmement rentable pour les plateformes! Leur but premier est de faire de l’argent. Par exemple pour Meta, environ 95 % des revenus proviennent de la publicité selon leurs rapports trimestriels2.
Leur modèle d’affaires repose sur ce qu’on appelle l’économie de l’attention : capter notre regard, le garder le plus longtemps possible et nous faire revenir. Qu’est-ce qui fonctionne le mieux pour ça? Le contenu intense, polarisant, sensationnaliste. Ce type de contenu suscite des réactions fortes et ces réactions nous font rester. C’est ce qui explique pourquoi nous aussi, les adultes, sommes constamment exposés à ce type de contenu.
Ce qui rend le tout encore plus complexe, c’est la manière dont fonctionnent les algorithmes de recommandation. Leur rôle n’est pas seulement de nous montrer du contenu similaire : ils nous classent dans des catégories selon nos données personnelles et le contenu avec lequel on interagit afin de nous en proposer toujours plus et souvent de façon plus intense.
Par exemple, une simple recherche pour comprendre un exercice d’entraînement peut rapidement mener à une succession de contenus de plus en plus sensationnalistes : des entraînements irréalistes, des corps idéalisés ou encore des standards de beauté extrêmes, parfois accompagnés de recommandations de régimes ou de suppléments pour atteindre ces objectifs.
À force de voir les mêmes types de message, on peut se retrouver dans ce qu’on appelle une chambre d’écho. Une chambre d’écho, c’est quand on est exposé.e presque uniquement à des contenus qui confirment les mêmes idées, les mêmes standards, les mêmes façons de penser. On voit moins de diversité, moins de nuances, moins de contradictions.
Le risque quand il est question d’apparence, c’est de normaliser des standards irréalistes, d’amplifier la comparaison et de donner l’impression que « tout le monde » pense ou agit de la même manière, alors que ce n’est qu’un effet de l’algorithme.
1. Adoptez une posture bienveillante et sans jugement
Les réseaux sociaux sont faciles d’accès et permettent souvent de poser des questions sans craindre un jugement immédiat. Même si le contenu qui s’y trouve peut-être très normatif, plusieurs jeunes préfèrent s’y tourner ou utiliser l’IA plutôt que de parler à un.e adulte par peur d’être jugé.e.s ou sermonné.e.s. Pour demeurer une référence pour votre enfant, essayez d’offrir ce même espace sécurisant.
Concrètement, vous pouvez :
2. Amenez votre enfant à pratiquer son jugement critique
Développer un esprit critique ne vient pas seul, ça se pratique. Voici quelques questions que vous pouvez poser à votre enfant en lien avec le contenu qu’elle ou il voit :
Plus vous encouragez la réflexion chez votre enfant, plus elle deviendra un réflexe lorsqu’elle ou il naviguera sur ces plateformes.
3. Aidez votre enfant à prioriser son bien-être sur les plateformes numériques
Ce n’est pas facile de modifier ses habitudes numériques, mais vous pouvez aider votre enfant à tendre vers une utilisation plus équilibrée. Par exemple :
Vous ne pouvez pas contrôler tout ce que votre enfant voit sur les réseaux sociaux, mais vous pouvez l’accompagner avec bienveillance pour qu’elle ou il en retire davantage de positif que de négatif.
Références :
Madison Lavigne est travailleuse sociale et chargée de projet au C.I.E.L., le Centre pour l'intelligence émotionnelle en ligne, où elle se consacre à la prévention numérique auprès des jeunes, des parents et des milieux scolaires. Elle conçoit des ateliers de prévention abordant les enjeux du numérique — jeux vidéo, influence et perception de soi et des autres — ainsi que les habitudes favorisant le bien-être, toujours centrés sur les besoins et la voix des jeunes. Elle travaille aussi à la création d’outils dédiés aux parents pour les aider à mettre des stratégies concrètes en place au quotidien.
« On peut naviguer le numérique autrement : en cultivant un esprit critique et des stratégies conscientes, on peut y trouver des opportunités de communauté, de divertissement et de découverte. »