Quelles sont les conséquences des filtres sur les réseaux sociaux?

Quelles sont les conséquences des filtres sur les réseaux sociaux?

Appliquer un filtre (1) sur nos photos est si facile. Deux petits clics et c’est fait! Cette pratique peut paraître banale, mais est-elle vraiment inoffensive? Pas du tout! En fait, l’utilisation de filtres s’accompagne de plusieurs impacts négatifs. Et ce, autant pour la personne qui choisit de retoucher sa photo que pour les personnes qui verront la photo retouchée.

Je vous propose de faire le point avec vous sur les principaux impacts de l’usage des filtres.

Que se passe-t-il quand vous retouchez vos photos?

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, utiliser des filtres sur nos photos ne nous rend pas plus satisfait.e de notre apparence physique, et ce, même si nous aimons beaucoup le résultat de la photo retouchée. Au contraire! Après l’application d’un filtre sur notre selfie, on se montrerait plus critique à l’égard de notre apparence physique et on en serait encore plus insatisfait.e. L’utilisation de filtres sur ses selfies nuirait également à l’humeur et susciterait le sentiment d’être malhonnête en propageant une fausse image de soi.

Plus le filtre apporte des transformations importantes au visage et plus les conséquences négatives seraient importantes. De la même manière, plus l’utilisation de filtres est fréquente et plus les impacts négatifs se feraient ressentir.

C’est un pensez-y-bien, n’est-ce pas?

Les filtres ne font pas du tort uniquement à ceux qui les utilisent! Ils peuvent aussi nuire aux personnes qui sont exposées aux photos retouchées. Je vous explique.

Que se passe-t-il quand vous voyez des photos retouchées?

Saviez-vous qu’on voit beaucoup plus de visages par le biais des médias et des réseaux sociaux que dans la vraie vie? Qu’arrive-t-il lorsqu’une grande proportion des visages qu’on voit est améliorée numériquement? On perd alors le fil de ce qu’est un visage ou un corps normal. Les imperfections physiques sont si bien corrigées par le biais des filtres qu’on en vient à croire que la présence d’imperfections est anormale. Or, on a besoin d’avoir une idée assez juste de ce qui est normal, de ce qui correspond à la moyenne.

Pourquoi? Parce que l’être humain se compare. C’est dans sa nature. Se comparer aux autres lui sert à s’évaluer, se situer, se connaître et se rassurer. Nous nous comparons tou.te.s et nous le faisons aussi sur les réseaux sociaux. Se comparer à des personnes qui correspondent à la moyenne sur un aspect donné nous permet de procéder à une évaluation plutôt juste. Il est alors possible d’en retirer un sentiment de satisfaction personnelle plus ou moins élevée.

Or, avec l’utilisation croissante des filtres et autres applications équivalentes, nous en venons à comparer notre visage au naturel à des visages retouchés numériquement. Il en découle nécessairement un sentiment d’échec et d’inadéquation.

Utiliser un filtre sur ses photos est si facile et peut être tentant! Mais rappelez-vous que ce petit geste peut faire du tort à vous-même et aux autres. En renonçant aux filtres, vous choisissez de prendre soin de vous et de votre image corporelle. Vous choisissez de limiter la propagation de standards de beauté irréalistes et de partager avec les autres une version authentique de vous-même. C’est aussi une belle façon de prendre soin des autres.

Et vous, quelle utilisation faites-vous des filtres?

1 Nous parlons ici des filtres qui altèrent les traits du visage et l’apparence de la peau.

 

Références:

Chae, J. (2017). Virtual makeover: Selfie-taking and social media use increase selfie-editing frequency through social comparison. Computers in Human Behavior, 66, 370-376.

Tiggemann, M.,  Anderberg, I., & Brown, Z. (2020). Uploading your best self: Selfie editing and body dissatisfaction. Body Image, 33, 175-182.

Jones, B. A., & Griffiths, K. M. (2015). Self-objectification and depression: An integrative systematic review. Journal of Affective Disorders, 171, 22–32.

Lamps, S. J., et al. (2010). Picture Perfect: The Relationship between Selfie Behaviors, Self-Objectification, and Depressive Symptoms. Sex Roles, 81, 704–712.