La diversité corporelle, à quoi bon ?

La diversité corporelle, à quoi bon ?

Depuis quelques années au Québec, un nouveau terme est sur toutes les lèvres : on parle de diversité corporelle. Alors que plusieurs s’en réjouissent, d’autres se questionnent. À quoi bon? La réponse est toute simple : pour que chacun se sente mieux dans sa peau!

 

Insatisfaction corporelle : le modèle unique de beauté sur le banc des accusés

Il y a quelques années, dans une école secondaire de Montréal, nous avons posé la question suivante à des jeunes filles de 12 et 13 ans : « Quels effets ont sur toi les images de corps qu’on voit à la télé, dans les magazines et sur les panneaux publicitaires? ». La grande majorité a livré des témoignages poignants, teintés d’une grande souffrance :

« Je me sens grosse et laide quand je vois ces mannequins belles et minces. »
« Elle est si maigre et belle! Il faut vraiment que j’arrête de manger. Je veux être comme ça. »
« Les images dans les magazines me font sentir pas belle, même si les autres me font des compliments. »

Ces jeunes Montréalaises hautement préoccupées par leur apparence ne sont pas l’exception. Au Québec, 50% des garçons et des filles du secondaire sont insatisfait.e.s de leur silhouette. Les adultes aussi vivent cette préoccupation, puisque 73% des Québécoises souhaitent maigrir et que 25% des hommes disent vouloir modifier leur poids pour améliorer leur apparence physique.

Le manque de diversité corporelle dans l’environnement médiatique et publicitaire y est pour quelque chose. En effet, plusieurs études scientifiques ont démontré que l’exposition à des images présentant un idéal de minceur contribue à augmenter l’insatisfaction corporelle et pousse à adopter des comportements alimentaires malsains, et ce, autant chez les adolescentes que chez les femmes. Une étude a même soulevé que plus les jeunes filles consultent des magazines de mode, plus elles souhaitent entreprendre des diètes et faire de l’exercice dans le but de contrôler leur poids. On observe aussi un segment d’hommes plus jeunes qui commence à développer une préoccupation à l’égard de leur apparence en tentant de gagner de la masse musculaire pour correspondre au modèle de beauté masculin prôné dans les médias.

 

Minceur = santé, vraiment?

Le taux d’obésité au Québec et ailleurs dans le monde est préoccupant, c’est vrai. S’il faut accorder de l’importance à ce phénomène qui ne cesse de s’étendre, il faut aussi porter attention à la façon dont sont transmis les messages visant à prévenir l’obésité. Trop souvent, ces messages peuvent accentuer les préjugés à l’égard des personnes grosses, alimenter la grossophobie ambiante et renforcer de fausses croyances. Ainsi, certains pourraient croire que présenter une plus grande diversité corporelle dans les médias encourage le surpoids et un certain laisser-aller. Or, cette idée est fondée sur la croyance qui lie automatiquement, et à tort, la minceur à la santé.

Pourtant il est démontré qu’il est possible d’être en santé, quel que soit son format corporel! Ainsi, une meilleure représentation de la diversité naturelle des silhouettes ne va pas à l’encontre des messages de santé, bien au contraire! En s’acceptant tel que l’on est et en se valorisant sur d’autres aspects que l’apparence, on est plus enclin à faire des choses bonnes pour soi et à vouloir adopter de saines habitudes de vie à long terme.

 

À quoi bon, la diversité corporelle?

En étant exposé quotidiennement à une plus grande diversité corporelle, c’est-à-dire à des modèles de beauté de toutes les silhouettes, tout le monde pourrait alors s’identifier et se reconnaître en eux. Chacun.e se sentirait mieux dans sa peau et il y a fort à parier qu’on assisterait à une diminution des préoccupations à l’égard du poids et de l’apparence.

Et vous, comment comptez-vous valoriser la diversité corporelle autour de vous?

Références : 

Pica, Lucille A. et autres (2012). L’Enquête québécoise sur la santé des jeunes du secondaire 2010-2011. Le visage des jeunes d’aujourd’hui : leur santé physique et leurs habitudes de vie, Tome 1, Québec, Institut de la statistique du Québec, 256 p.

IPSOS REID (2008). Canadian Women’s Attitudes Towards Weight, Sondage pour le compte des Producteurs laitiers du Canada.

Poids, image corporelle et habitudes de vie : les différences entre les hommes et les femmes. Étude réalisée par SOM pour le compte d’ÉquiLibre, octobre 2012.

Grabe S, Hyde J S, Ward L M. The Role of the Media in Body Image Concerns Among Women: A Meta-Analysis of Experimental and Correlational Studies. Psychological Bulletin. 2008, vol. 134, no. 3, 460-476.

Field A E, Cheung L, Wolf A M, Herzog D B, Gortmaker S L, Colditz G A. Exposure to the Mass Media and Weight Concerns Among Girls, Pediatrics, 1999, 103, e36.