Je suis fatigué.e, qu’est-ce qu’il m’arrive?

Je suis fatigué.e, qu’est-ce qu’il m’arrive?

Par simple curiosité, faites l’exercice de compter le nombre de fois par jour où vous entendez cette phrase : « Je suis fatigué.e… ». Souvent, n’est-ce pas ? Que cette phrase sorte de votre propre bouche ou de celle de votre ami.e, il me semble que la fatigue s’est immiscée partout dans les conversations. Du small talk à la réelle condition physiologique, la fatigue est aujourd’hui la météo des anciens jours… On en parle constamment.

Lorsque je m’arrête pour y penser, toutefois, je me dis qu’il y a quelque chose qui cloche dans cette fatigue omniprésente. Sommes-nous tous épuisés ? Ou comme société, avons-nous glissé vers une banalisation du terme ? J’en vois tous les jours les conséquences chez les gens qui me consultent ou dans mon entourage. Les gens se disent très fatigués, mais peu y accordent une réelle importance et peu prennent action pour la diminuer. Ou alors ils attendent que le corps flanche pour y remédier.

Mais, comment expliquer cette inaction?

Disons d’emblée que le rythme effarant avec lequel nous menons nos vies y est possiblement pour quelque chose. Il me semble que nous avons collectivement mis le doigt dans un engrenage qui travaille toujours de plus en plus vite et qui exige toujours de plus en plus de performance. Aujourd’hui, c’est le bras de la société tout entière qui y est resté coincé.

L’individu, aveuglé par sa propre fatigue personnelle, semble avoir perdu la capacité de résister à cette pression sociale de rapidité et de performance… C’est la roue qui tourne. Je suis fatigué.e par la société, mais je me donne toujours plus pour cette société. Chacun est soumis à une véritable force qui plaque au sol.

Si vous avez déjà fait l’expérience des manèges à force centrifuge, comme le rotor, vous savez combien la force avec laquelle le corps est plaqué contre la paroi est puissante. Impossible de s’en extirper à moins de ralentir le manège ou de l’arrêter carrément. Vous me voyez venir… À mon sens, pour diminuer la fatigue, il faudra nécessairement ralentir. L’évidence même.

 

Alors, pourquoi avons-nous tant de difficulté à ralentir?

À haute vitesse, nous avons moins de réflexes pour éviter les pièges. Nous tombons plus facilement dans le surmenage. Nous faisons des choix qui nous ressemblent moins, ou qui vont à l’encontre de nos valeurs profondes. Nous allons plus facilement au-delà de nos limites personnelles.

Or, le corps envoie des messages de fatigue. Mais cette banalisation du terme incite les gens à ignorer ces messages, puisque de toute façon, « tout le monde est fatigué », « il faut faire ce qui doit être fait »… Avec ce rythme effréné, nous sommes moins attentifs au fait de prendre soin de soi, de son corps, de connecter avec lui. Et tout cela se fait graduellement, de sorte qu’on s’y habitue. Mais les conséquences négatives n’en sont pas moins présentes.

 

Et qu’est-ce qu’on fait pour renverser la vapeur?

Chacun évolue dans un contexte qui lui est propre, avec des capacités personnelles et d’adaptation qui lui sont propres. C’est pourquoi chacun devra faire sa réflexion bien personnelle sur le thème de la fatigue. Et pour agir sur cette fatigue, il faudra peut-être apprendre à déplaire, à aller à contre-courant, à se mettre en priorité, à gagner moins d’argent, à dire non, à renoncer à quelque chose qui tient à cœur. Et il faudra peut-être accepter d’être moins performant…

Mais je lance la réflexion… On jase… Avec le temps, nous en sommes venus à lier vitesse et performance… Mais… Et si performance rimait plutôt avec lenteur ? Et si ralentir nous rendait plus performants ?

Et vous, quelle action concrète pourriez-vous faire aujourd’hui qui vous apporterait
une sensation de ralentissement ?